Dimanche 07 juin 2026 - ROUILLAC - Vendome

Isaac SOREAU (Hanau, 1604 - Francfort-sur-le-Main, après 1644)

Bouquet de fleurs dans un vase en verre

Cuivre

52.5 x 40 cm

Inscription au revers "Pour mon petit fils Charles Henri"

Estimation : 200 000 - 300 000 €

Provenance :

- Collection du marquis René de Chabrillan (1886-1938), château de Neuville-sur-Oise ; 
- par descendance familiale.


Isaac appartient à une famille d’artistes. Il est le fils de Daniel Soreau, riche marchand de laine qui contrôlait le commerce en Hesse et à Wetterau, puis s'était tourné vers la peinture sur le tard. Protestant, il avait quitté Tournai pour s'installer à Francfort où travaillaient de nombreux peintres de natures mortes, autour de Georg Flegel et de Pieter Binoit (lequel se marie avec Sarah Soreau en 1632). Bien qu'aucune œuvre sûre de Daniel ne nous soit parvenue, on peut supposer qu'il initie son fils, aux côtés de Sebastien Stoskopff, lequel qui reprit l'atelier de Daniel après sa mort en 1619. Les compositions d'Isaac témoignent également de l'influence des peintres anversois Jacob van Hulsdonck et Osias Beert I : certains ont même suggéré qu'il aurait fréquenté l'atelier du premier.

La nature morte de fleurs devient indépendante en Flandres et aux Pays-Bas un peu après 1600, notamment à Anvers et à Middelbourg avec des peintre tels que Roelandt Savery, Jan Brueghel l'Ancien ou la dynastie des Bosschaert. Ce genre se développe dans un contexte de prospérité économique, d’essor du commerce international, d’une passion pour la botanique et les jardins exotiques initiée à Prague autour de l’empereur Rodolphe II. Le bouquet est l’image du Paradis sur terre où tous les sens humains sont stimulés, les fleurs incarnent également la fugacité de la vie et les plaisirs éphémère dans les Ecritures. Chaque espèce végétale joue ainsi un rôle spécifique dans cette forme de contemplation, de méditation par rapport à la mort, à la résurrection, au péché dans une grande célébration de la Nature, au sens où ces tableaux sont aussi conçus pour le plaisir esthétique qu’ils procurent à leur propriétaire.

Comme pour les autres natures mortes de cette période, ces bouquets constituent un mélange de fleurs de différentes saisons, impossibles à réunir en un seul moment, et réalisés à partir d’études de fleurs individuelles. L’observation attentive du monde et la fidélité des détails permettent un naturalisme où chaque élément prend une valeur religieuse. Les fleurs ne sont belles que quelques instants, elles se fanent et meurent rapidement.

Émergeant d’une composition dense et savamment équilibrée, les tulipes font l’objet d’une véritable spéculation et leurs bulbes atteignent alors des prix exorbitants. Venues de Constantinople et introduites en Europe au XVIe siècle, elles témoignent de la vanité et la frivolité des comportements humains en critique de la tulipomanie, dont la bulle financière s’effondre en 1637. Les brins de muguet, par leur parfum délicat et leur mouvement incliné de dévotion, figurent l'humilité de Marie. Les bourgeons ne fleurissent qu’en mai, rappelant ainsi le cycle des saisons tandis que le myosotis, fleur du paradis, rappelle le salut de l'âme qui reste fidèle à Dieu. Les fritillaires pintades évoquent le mystère et la renaissance. L'ancolie, une de sept fleurs de Marie, évoque les sept dons du Saint-Esprit. L'ensemble est disposé dans un verre de type « Römer », placé sur un fond neutre légèrement brun-vert.

Plusieurs insectes animent l'ensemble. Le papillon, animal éphémère par excellence, et une libellule à droite, font référence à la fragilité de notre existence. Le scarabée, symbole funèbre et la mouche, souvent représentée dans les vanités flamandes du XVIIe siècle, sont de vanités, rappelant à l'homme sa condition de mortel.

Auteur de natures mortes de corbeilles de fruits, Soreau a peint exceptionnellement quelques bouquets. Parmi eux, le nôtre est l'un des plus grands et des plus complexes. Nous pouvons le comparer à ceux vendus à Londres (Sotheby's, 07/12/1999, lot n°18) et à New-York (Sotheby's, 29/01/2009, lot n°42), de dimensions plus réduites.

Une reprise de notre composition, sur panneau, est passée en vente à Munich, Hampel, le 27 mars 2025, n°216 et le 26 juin 2025, n°213.

Nous remercions Fred Meijer d'avoir confirmé l'authenticité de notre tableau à Isaac Soreau, sur photographie numérique, par mail le 11 octobre 2021.