Mardi 16 juin 2026 - TAJAN - PARIS

Jacques-Emile BLANCHE (Paris, 1861 - Offranville, 1942)

Portraits de Pierre Louÿs (1870-1925) et Henri de Régnier (1864-1936)

Toile

73 x 59 cm

Signé et daté en, bas à droite "J. E. Blanche 93 / Mr. P. Louÿs et H. de Régnier" ; dédicace et date lisibles à la réflectographie IR « a Pierre Louÿs / mai 92 J. E : Blanche .. / M. r. P. Louÿs et H. de Régnier »

Restaurations anciennes

Estimation : 50 000 - 70 000 €

Provenance :
Toujours resté dans la famille de Pierre Louÿs par descendance (dans son récit La Pêche aux souvenirs -Flammarion - 1949 -, Jacques-Emile Blanche affirme avoir brûlé ce double portrait. Henri de Régnier avait refusé que la toile soit exposée : "la haine de l'un des beaux-frères envers son aîné [étant] connue". Entre-temps, il l'avait offert et dédicacé à Pierre Louÿs, dans la famille duquel il est resté).

 

Expositions :
Jacques-Emile Blanche peintre (1861-1942), Rouen, musée des Beaux-Arts, 1997-1998, Brescia, Palazzo Martinengo, 1998, catalogue  p. 90-91, n° 17 (reproduit) ;
Marie de Régnier, Muse et poète de la Belle Epoque, Paris, Bibliothèque de l'Arsenal, 2004, catalogue p. 89, n° 124 (reproduit).

 

Bibliographie :
Henry Frantz, "Jacques-Emile Blanche : portraits painter", The Studio, n°129, vol. XXX, décembre 1903, p. 184 ;
Jane Roberts, Jacques-Emile Blanche, Gourcuff Gradenigo, Montreuil, 2012, p. 62 (reproduit) ;
catalogue raisonné Blanche en ligne, par Jane Roberts, n° RM207.

 

Un an après son célèbre Portrait de Marcel Proust, devenu une véritable icône (Paris, musée d'Orsay) et exposé à la Société nationale des Beaux-arts en 1892, Jacques-Emile Blanche livre ici à nouveau un portrait de deux écrivains célèbres, liés au courant esthétique des parnassiens et au symbolisme décadent. Remarquons que Proust, comme Louÿs sur notre toile, porte la moustache avenante et l’orchidée blanche à la boutonnière.

Le poète et romancier Pierre Louÿs, alors âgé de vingt-trois ans, et Henri de Régnier, qui a presque trente ans, appartiennent au même cercle cosmopolite d’amis et intellectuels dont beaucoup d'entre-eux ont posé pour Blanche. Ce dernier capte leurs deux personnalités opposées par leurs poses. Ils sont à cette époque épris de la même femme, Marie, fille du poète José-Maria de Hérédia. Henri de Régnier l'épouse en 1895, mais elle devient la maîtresse de Pierre Louÿs dès 1897. Deux ans plus tard, les rivaux deviennent beaux-frères, puisque Louÿs se marie avec Louise de Heredia, la petite sœur de Marie.

Le premier, Pierre Louÿs, est encore peu connu en 1893 ; il a été présenté à l’artiste deux années auparavant par André Gide. En 1896, il connaît la notoriété grâce à la publication de son roman Aphrodite. Henri de Régnier, quant à lui, admirateur de Mallarmé, Leconte de Lisle et Heredia, a déjà rencontré le succès avec ses Poèmes anciens et romanesques (1889).

Avec son cadrage légèrement japoniste, Blanche donne un portrait non conventionnel de ses deux amis un peu dandys. Sa palette argentée jouant le contraste des tons noirs et blancs, est influencée par Degas et Whistler. Dans un salon orné de tableaux indistincts, ils sont assis dans des poses élégantes et décontractées. Les jambes croisées, l’un fait face au spectateur sur le canapé, l’autre de profil, sur une chaise, occupe la diagonale de la composition. Le regard vague, esquissant un sourire, Pierre Louÿs soutient sa tête inclinée de sa main gauche. Henri de Régnier, plus sec et impérieux, porte sa cigarette à hauteur de monocle. On connait des portraits en bustes de chacun d'eux, isolés, peints dans ces mêmes années, en collections particulières (Roberts, catalogue en ligne, op. cit. n°1154 et n°1367).

Portraitiste de la haute société parisienne raffinée et de la gentry, des artistes, qu'ils soient écrivains ou musiciens,  Jacques-Emile Blanche a été réhabilité ces dernière décennies par plusieurs expositions (dont celle à la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent à Paris en 2012), et l'achat récent du Portrait de Georges Rodier par le musée d'Orsay, le plaçant à un niveau équivalent d'un Sargent ou d'un Sorolla.