Mercredi 25 mars 2026 - ADER - Paris
Etienne ALLEGRAIN (Paris, 1644 - 1736)
Paysage classique avec des lavandières
Toile
119.5 x 170 cm
en bois sculpté et doré d'époque Louis XVI
Estimation : 50 000 - 70 000 €
Provenance : Dans la même famille lilloise depuis 1880.
Notre tableau était réuni en paire dans la même collection avec le Paysage classique avec pêcheurs, jusqu'au début du vingt-et-unième siècle (voir numero suivant). Ces deux tableaux sont exceptionnels dans l'oeuvre d'Allegrain et probablement ses chefs-d'œuvre, par leur taille, leur complexité spatiale, l'alternance de plans clairs et sombres, la qualité de la lumière, autant d'éléments qui témoignent d'une commande prestigieuse qui reste à identifier.
Les compositions de notre peintre proposent une synthèse de l'histoire du paysage classique du 17e siècle. Héritier des grands paysages historiques de la maturité de Nicolas Poussin après 1650, il propose une interprétation très originale du paysage héroïque de Poussin qu'il anime d'effets décoratifs : arbres sinueux, feuillages serrés et compacts, fabriques se découpant à flanc de montagne, petits personnages élancés. Comme son modèle, Allegrain propose une réflexion sur la recherche du sublime et la vanité de l’existence. Roger de Piles écrivait "Le style héroïque est une composition d’objets qui dans leur genre tirent de l’art et de la nature tout ce que l’un et l’autre peuvent produire de grand et d’extraordinaire". Dans notre composition, l'influence de Claude se situe plutôt au niveau de l'animation des personnages. Un groupe de lavandières, qu'on reconnaît aux paniers en osier contenant le linge, discutent, puisent de l'eau ou repartent en portant leur ouvrage sur la tête, telle une canéphore. À gauche de ces dernières, un berger guide son troupeau aux abords de la rive.
Reçu à l'Académie royale de Peinture et de Sculpture en 1677, Etienne Allegrain travaille à plusieurs reprises pour le Trianon de marbre entre 1688 et 1695 puis, en 1700, pour la Ménagerie de Versailles. Il compte parmi ses commanditaires Louis XIV, pour lequel il peint de véritable 'portraits de demeures', des vues du parc de Versailles destinées à orner le Trianon et la Ménagerie (toujours conservés in-situ), d'autres pour Saint-Cloud (musée du Louvre), mais aussi pour Jean-Baptiste Colbert et Jules Hardouin Mansart.
Nous remercions Monsieur Hugo Coulais de nous avoir confirmé l'attribution après examen direct de l'oeuvre.