Dimanche 07 juin 2026 - ROUILLAC - Vendome

Hubert ROBERT (Paris, 1733 - 1808)

La basilique Saint Pierre illuminée, effet de nuit

Toile et châssis d'origine

49 x 38.5 cm

Signé en bas à gauche à la hampe du pinceau: Roberti.. 12 (?)P. Inscrit au dos 'Maury'.

Petits soulèvements et manques

Estimation : 15 000 - 20 000 €

Provenance :

- Château de Bouville, Cloyes


Peintre des ruines et d’ architectures, souvent imaginaires, Hubert Robert nous livre ici une vision saisissante de la Basilique Saint-Pierre plongée dans une atmosphère nocturne. L’immensité de l’édifice est magnifiée par un jeu subtil de clair-obscur : une source lumineuse centrale éclaire partiellement les colonnes monumentales et les voûtes, laissant le reste de l’espace dans une pénombre vibrante.

Les figures humaines, réduites à de simples silhouettes, accentuent l’échelle grandiose du lieu et invitent le spectateur à une expérience presque méditative. Fidèle à son goût pour les perspectives théâtrales et les effets de lumière, Robert ne cherche pas seulement à représenter un espace réel, mais à en révéler la dimension poétique et spirituelle.

Notre tableau illustre parfaitement la fascination du XVIIIe siècle pour les grandes architectures italiennes, tout en témoignant du talent de l’artiste à transformer un monument emblématique en une scène empreinte de mystère et de contemplation. Elle s’inscrit dans une tradition picturale bien établie à Rome au XVIIIe siècle, que Hubert Robert découvre lors de son séjour italien et témoigne de la proximité amicale et artistique de notre artiste avec Giovanni Paolo Panini (1691 -1765), avec lequel il partage un intérêt marqué pour les grandes architectures romaines.

Panini s’était fait une spécialité des vues intérieures monumentales, notamment de la Basilique Saint-Pierre, qu’il représentait avec une précision quasi scénographique, animée de nombreuses figures. Chez lui, la lumière met en valeur la splendeur décorative et la rigueur de l’espace, dans une approche proche de la veduta, là ou Robert, tout en s’inspirant de ces compositions, s’en distingue par une interprétation plus libre et plus sensible. Panini privilégie la clarté descriptive et l’ordonnancement, Robert introduit une atmosphère plus poétique, presque onirique. Les effets nocturnes, les contrastes lumineux et la dissolution partielle des formes confèrent à ses vues une dimension émotionnelle et pittoresque qui dépasse la simple représentation topographique.

Ce dialogue entre les deux artistes témoigne d’une évolution du regard porté sur l’architecture : de la célébration précise et brillante du monument chez Panini à une vision plus intériorisée et suggestive chez Robert, où l’espace devient le théâtre d’une expérience esthétique et sensible.

De nombreuses études dessinées ou peintes tant à l’intérieur qu’à l’extérieur (Colonnade, péristyle, facade) témoignent de l’intérêt qu’Hubert Robert portait à ce lieu.

L’une d’entre elles, provenant de l’ancienne collection de Martine, comtesse de Behague (1) est en relation directe avec notre tableau.

 

(1) - Vente du 01 décembre 1989, Sotheby's Monaco "Tableaux et dessins anciens - Chef d'oeuvres de la collection de Martine - Comtesse de Behague provenant de la succession du Marquis de Ganay", lot n°23 ; puis:

- Vente du 17 mars 2010, Blanchet & Associés, n°10.