Samedi 13 déc. 2025 - ASTA ENCHERES - Bastia
William BEECHEY (1753 - 1839)
Portrait de Pascal Paoli (1725 - 1807)
Toile
126 x 99 cm
Signé à droite: Guliemus Beechey Eques / Mag: Brit: Reginae Pictor Londoni Pinxit. AD MDCCXCVIII
Restaurations anciennes
Estimation : 500 000 - 700 000 €
Provenance :
- Vente de la Galerie Corsini de Florence ;
- Collection du comte Cipriani, château de Bellavista, Centuri (cap Corse) ;
- Collection F. De Ribes Christofle, sa vente, Paris, Galerie Georges Petit, 10-11 décembre 1928, n° 23 reproduit (portrait d’homme) ;
- Vente Paris, Hôtel Drouot, 8 juin 1938, Me Champetier de Ribes, n°10 reproduit (portrait d’homme) ;
- Vente Paris, Hôtel Drouot, 3 décembre 1941, Me Champetier de Ribes, n° 3 non reproduit (portrait d’homme) ;
- Vente Avignon, Me Armengau, 24 avril 1994 (reproduit dans la Gazette de l'Hôtel Drouot, n°15 du 8 avril 1994, (portrait d’homme) ;
- Collection privée.
GIANSILY, Pierre-Claude, Catalogue de l’exposition Pasquale de Paoli 1725-1807, La Corse au cœur de l'Europe des Lumières, 2007, pp. 358-359 ;
NOVELLINI, Paul-Mathieu, Catalogue des œuvres remarquables de peinture, sculpture etc… qui se trouvent dans les églises et autres monuments publics ainsi que dans les maisons particulières de la Corse suivi par des notices sur la vie et les œuvres des artistes corses ayant un titre officiel, Bastia, 1911 ;
OBERTI, Georges, Pasquale de Paoli, 1990, p. 321 ;
ROBERTS, William, Sir William Beechey, 1907, p. 232.
Admis à l'école de la Royal Academy en 1772, où il reçoit probablement l’enseignement de Johann Zoffany, William Beechey y expose des portraits dès 1775. En 1785, après un séjour de cinq ans à Norwich, il s'installe à Londres et acquiert une renommée considérable au cours des années 1790. Apprécié pour la sobriété de sa manière, proche de Joshua Reynolds et de George Romney, il a pour clientèle la gentry britannique et tout ce que Londres compte alors de personnalités à la mode. Il devient le portraitiste officiel de la reine Charlotte en 1793 et intègre la Royal Academy comme associé puis académicien en 1798. La même année, son George III passant en revue les 3e et 10e régiments de dragons, détruit lors de l'incendie du château de Windsor en 1992 mais dont le musée du Louvre conserve une copie réduite, triomphe à l'exposition de la Royal Academy. C'est donc à l’apogée de sa carrière que l’artiste réalise notre tableau.
La vie de Pascal Paoli est une épopée. Vingt ans avant la guerre d’indépendance américaine et bien avant la Révolution française, il prend la tête de l’insurrection corse, met un terme à quatre cents ans de domination génoise et rédige presque intégralement la première constitution démocratique de l’histoire moderne. Dans l’Europe des Lumières, il suscite alors une immense admiration, inspire jusqu’à Jean-Jacques Rousseau et devient l’idole d’une génération entière amenée à changer le monde, celle de Napoléon, qui voit en lui l’étoffe d’un héros de Plutarque et dont le père, Charles Bonaparte, est alors le secrétaire particulier du Général. La conquête française de 1769, qu’achève la bataille de Ponte-Novu, l’oblige à quitter la Corse et à se réfugier à Londres. Il y fréquente les brillants esprits du siècle, de Samuel Johnson à Edmund Burke.
Favorable aux événements de 1789, Paoli est amnistié par l'Assemblée nationale et érigé en champion des libertés. En 1790, il regagne la Corse après vingt-et-un ans d’absence et se voit élu président du Conseil général à l’unanimité. Cependant, il prend bientôt ses distances avec le gouvernement révolutionnaire. Indigné par l’exécution de Louis XVI, il condamne la Terreur et rompt avec la République. Proscrit par les Jacobins, accusé de trahison et d’intelligence avec l’Empire britannique, alors en guerre avec la France, il œuvre à la formation d’un royaume anglo-corse supposé préserver l’indépendance de l’île face à l’impérialisme révolutionnaire. Son échec l’oblige à un exil définitif en 1795, à l’âge de 70 ans. Il mène dès lors une existence discrète quoiqu’auréolée d'un grand respect jusqu’à sa mort en 1807. Il consacre ses dernières années à l’écriture et à des réflexions sur le devenir de la Corse, qu’il ne reverra jamais.
C’est cet homme des Lumières que célèbre notre portrait. Il y tient une feuille blanche, symbole d’un avenir encore à tracer. Selon l'historien George Oberti, Paoli entendait léguer ce tableau à la nouvelle Académie de Corte [1]. La conquête française ayant provoqué la fermeture de la première université qu'il y avait fondée en 1765 c'est, par conséquent, dans la perspective de sa réouverture que le Général en exil aurait passé commande de ce portrait. Elle n’adviendra qu’en 1981. Au second plan, une fenêtre s’ouvre au loin sur le paysage, quelque peu idéalisé, de Corte et du Lombarduccio que Beechey a repris d’une gravure de John Browne de 1772 conservée au British Museum et réalisée d'après un dessin disparu de John Kent [2].
Une reprise de notre portrait par Beechey, de composition similaire mais de dimensions réduites (59 x 77 cm), est documentée dans le livre de comptes de l'artiste [3]. Acquis directement le 9 juillet 1810 pour la somme de quatre-vingt-quatre livres par Edwyn Andrew Burnaby, fils du révérend Andrew Burnaby (1732-1812), l'ami proche et exécuteur testamentaire de Paoli, le tableau fut donné à monseigneur Casanelli d’Istria, fervent paoliste, et demeure conservé dans une collection ajaccienne [4]. Une version en miniature sur cuivre, réalisée d'après notre tableau en 1799 par Henry Pierce Bone est conservée à la Walters Art Gallery de Baltimore.
[1] Georges Oberti, Pasquale de Paoli, 1990, p. 321.
[2] Cette gravure a été présentée par John Browne à l’exposition de la Royal Academy de 1772 (n° 31) sous le titre complet : « Une eau-forte de Corte, en Corse, ancienne résidence du général Paoli ». On y distingue la Citadelle de Corte et le sommet du Lombarduccio, artificiellement représenté à proximité de la ville. Selon Georges Oberti, le dessin de John Kent illustrait, au premier plan, une conversation entre James Boswell et Pascal Paoli lui-même. Encouragé par Jean-Jacques Rousseau, l’écrivain écossais s’était rendu à la rencontre du peuple corse en lutte contre les forces françaises et génoises — un voyage qu’il relate dans son ouvrage An Account of Corsica, the Journal of a Tour to that Island and Memoirs of Pascal Paoli publié en 1768. Il y rencontra effectivement Pascal Paoli, inaugurant ainsi avec le Général une longue amitié.
[3] William Roberts, Sir William Beechey, 1907, p. 232.
[4] Pierre-Claude Giansily, Catalogue de l’exposition Pasquale de Paoli 1725-1807, La Corse au cœur de l'Europe des Lumières, 2007, pp. 358-359.