Mardi 16 juin 2026 - ADER - Paris

Pierre Paul RUBENS (Siegen, 1577 - Anvers, 1640)

La bataille des Amazones

Toile

89 x 135.5 cm

Restaurations anciennes

Estimation : 2 000 000 - 3 000 000 €

Provenance : Collection particulière, France, depuis la fin du XXème siècle.

Exposition : Rubens, A Master in the Making, Londres, National Gallery, 26 octobre 2005 – 15 janvier 2006, pp.48-49, n° 4 (notice par David Jaffé).

Bibliographie :
E. McGrath, G. Martin, F. Healy, B. Schepers, C. Van de Velde, K. de Clippel, Corpus Rubenianum Jacob Burchard, part XI, Mythological Subjects 1. Achilles to Thr Graces, vol. 1, Bruxelles, 2016, pp.132-140, n° 7 (notice par Bernt Schepers), repr. en couleur vol 2, fig. 71 et cité p. 6.

 

 

Dès sa jeunesse, Rubens a peint d'ambitieuses compositions mêlant plusieurs dizaines de figures nues et habillées, en mouvement, preuve d'une ambition et d'une virtuosité précoce assez surprenante.

Leurs sujets sont tirés de l'Antiquité grecque et romaine. Celui de la bataille des Amazones l'a tout particulièrement intéressé puisqu'il l'a traité à plusieurs reprises. Une première fois à Anvers, en collaboration avec Jan I Brueghel (Postdam, château de Sanssouci) vers 1597-1598,  la notre lorsqu'il séjourne à Mantoue vers 1603-1606, puis encore dans une célèbre version tourbillonnante en 1618 (Munich, Alte Pinakothek) . Entre les deux premiers tableaux de jeunesse, la composition a été totalement révisée. Au lieu d'un décor boisé de style flamand, Rubens a ici opté pour un paysage plus italianisant, avec une grande attention portée au jeu de la poussière montante et de la lumière du soleil scintillant à travers les nuages. Le pont en arc, déplacé de la droite vers la gauche, mis en valeur, préludant à tout un ballet de lances qui hachent le second plan. Comme une vague géante, la cavalerie grecque déferle sur le rivage, écrasant tout sur son passage.

Au travers un prétexte mythologique, Rubens peint une scène de bataille à son paroxysme, sujet de prédilection à la Renaissance. Malgré l'horreur des têtes tranchées et des corps empalés, la palette confère à la scène une dimension onirique. On peut presque entendre les cris s'échappant des bouches béantes et le fracas des trompettes, tandis que chevaux et cavaliers sont décimés par la phalange descendante de lances.

Notre tableau constitue un puzzle de motifs empruntés à l'art classique et à la Renaissance, en particulier aux sculptures : le grouppe d'Hercule luttant avec deux femmes est une évocation du groupe du Laocoon et rappelle également L'Enlèvement des Sabines de Giambologna à Florence. Le cheval cabré de profil à l'extrême gauche fait écho à celui des Dioscures de Monte Cavallo, à Rome. D'autres figures du groupe de Niobé et ses enfants, dont les éléments dispersés furent découverts en 1583 et exposés dans le jardin de la Villa Médicis à Rome, alors que des poses de certains personnages au premier plan sont empruntées à Michel-Ange. Les chevaux reprennent le motif central de La Bataille d'Anghiari de Léonard de Vinci et la composition d'ensemble et d'autres détails font référence à La Bataille de Constantin contre Maxence (La Bataille du Pont Milvius) de Raphaël au Vatican, à La Bataille de Spolète de Titien perdue. Rubens réinvente et réorchestre toutes ces sources. Un ou deux dessins contestés ont été mis en rapport avec notre tableau (Edinbourg, National Gallery of Scotland, une copie d'après un dessin perdu en collection privée).

Nommé en 1603 peintre de la cour par l’important mécène et collectionneur Vincent de Gonzague, Rubens réalise alors ses premiers grands chefs d’œuvre intégrant toute sa culture gréco- romaine dépassant les compositions de la Renaissance et du Maniérisme. Le peintre exprime une fluidité de mouvement ainsi qu’un enchaînement tourbillonnant des groupes qui appartient pleinement au Baroque dont ce tableau est l’une des premières expressions. Au moment où la plupart des artistes hésitent entre le réalisme de Caravage et le Classicisme des Carrache, Rubens trouve déjà son style personnel qu’il va développer tout au long de sa carrière et qui influencera la peinture européenne pendant des siècles. Un sens luministe nouveau apparaît. La grande trouée des rayons de soleil dans les nuages blancs dans un bleu limpide est d’une liberté absolue, prélude à l’art d’un Velázquez (Les Lances, v. 1635, Musée du Prado) ou Delacroix (Les Massacres de Scio,1824, Musée du Louvre).