Jeudi 26 mars 2026 - ARTCURIAL PARIS - Paris

Jean-Baptiste de CHAMPAIGNE (Bruxelles, 1631 - Paris, 1681)

Amours jetant des roses

Toile

268 x 254.5 cm

Restaurations anciennes

Sans cadre

Estimation : 30 000 - 50 000 €

Provenance : dans la même famille depuis le XIXe siècle

Âgé de douze ans, Jean Baptiste quitte Bruxelles, sa ville natale, en 1642 pour se rendre à Paris, où l’a appelé son oncle Philippe de Champaigne (1602-1674), afin de l’assister. Dans l'atelier familial, il se lie d’amitié avec Nicolas de Plattemontagne (1631-1706). Son voyage en Italie en 1658-59 le marque peu. A son retour, il collabore aux grands chantiers royaux commandés à Philippe : les appartements du château de Vincennes (1659), le réfectoire du couvent du Val-de-Grâce (1663-1665), les décors des Tuileries (1666-1669), et du Louvre. Reçu à l’Académie Royale en avril 1663, il obtient le marché du « May » de Notre Dame en 1667. La commande la plus prestigieuse de sa carrière est la décoration du plafond du salon de Mercure à Versailles en 1672. Très actif à l’Académie Royale, Jean-Baptiste commente plusieurs œuvres de Nicolas Poussin dans ses conférences. Il s’oppose à son oncle qui, en 1671, lance un débat qui allait prendre des proportions inattendues en faisant l'éloge de la couleur d'un tableau de Titien. Tenant avec Charles Le Brun de la primauté du dessin, au centre de l'enseignement de l'institution, Jean-Baptiste s’oppose au clan des coloristes, même s’il tente de concilier les deux partis. Depuis les publications de Bernard Dorival (1992) [1] , de Dominique Brême et Frédérique Lanoë (2007) [2] , sa personnalité a été individualisée et son corpus détaché de celui de Philippe, le montrant progressivement sensible à l’influence de Le Brun.

 

Notre guirlande d’enfants rappelle de loin les angelots des Assomption de la Vierge, tant celles de Philippe (Alençon, musée des beaux-Arts et de la dentelle) que de son neveu Jean-Baptiste (1660, Bruxelles, collégiale Saint-Michel-et-Sainte-Gudule), ici en version profane. Cependant, aucun des groupes de ces chérubins ne possèdent un tel mouvement ascensionnel baroque. Le style de notre toile incite à la situer au début des années 1670. Nous pouvons la comparer avec La Justice et la Paix, le seul des quatre écoinçons de la chambre du Grand Dauphin au château des Tuileries qui subsiste aujourd’hui, qu’il a peint 1666-1669 (collection particulière) [3]  et surtout avec la grappe de putti en vol sous le char du dieu dans son Triomphe de Mercure, à la voûte du salon de Mercure au château de Versailles. On retrouve, à la partie inférieure, le motif de la pluie de roses. Jean-Baptiste propose ici une variation de son plafond royal, insiste sur le buisson végétal ce qui donne un aspect plus décoratif, peut-être destiné à un hôtel particulier qui n'aurait pas laissé de trace.

 

1. Bernard Dorival, Jean-Baptiste de Champaigne (1631-1681) : la vie, l'homme et l'art, Paris, Léonce Laget, 1992.
2.catalogue de l'exposition A l'Ecole de Philippe de Champaigne, Musée d'Art, Histoire et Archéologie, Evreux, 2007-2008
3. op. cit. note précédente, p.96-98, n°16 et catalogue de l'exposition Le Grand Dauphin Fils de roi, père de roi et jamais roi 1611-1711, château de Versailles, octobre 2025- février 2026, p.77