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HANS BOL (Malines, 1534 - Amsterdam, 1593)

Un mariage paysan

Gouache sur vélin, marouflé sur panneau de chêne parqueté

21.8 x 29.7 cm

Trait d'encadrement à l'or

Micro soulèvements

Estimation : 80 000 - 120 000 €

Œuvre(s) en rapport: Hans Bol, Mariage paysan, plume, encre brune et lavis brun, collection particulière. Hans Bol, Mariage paysan, gouache, 16 x 23 cm, collection particulière (voir vente Lempertz, Cologne, 16 mai 2025, n°1147).

 

Né à Malines en 1534, Hans Bol entame son apprentissage à l’âge de quatorze ans auprès d’un maître que Karel van Mander, dans son livre des peintres (« Het Schilder-Boeck ») qualifie de « commun »1. Après deux ans, il part pour l’Allemagne et étudie à Heidelberg deux années supplémentaires avant de revenir s’installer dans sa ville natale. Dessinateur habile, aquarelliste de talent, aquafortiste apprécié des éditeurs de son temps comme Hieronimus Cock (1518 - 1570), Bartholomeus de Momper (1535 - 1595/97), Gerard de Jode (1508 - 1591) et Philips Galle (1537 - 1612), son oeuvre se diffuse rapidement et plaît pour la variété de ses compositions, le fourmillement de détails et de figures qu’il mêle dans des ensembles narratifs aussi harmonieux qu’attrayants.

Dès la fin des années 1550, il s’est imposé comme un maître reconnu et particulièrement apprécié pour ses petits formats. Son succès est tel qu’il fait l’objet de nombreuses copies dès son vivant, phénomène qui le poussera peut-être dans les années 1580, à cesser ses activités d’aquafortiste, à réduire sa production de dessins pour se consacrer davantage à la gouache, principalement sous format de miniatures. Aux yeux de ses contemporains, la finesse de son tracé en fait le successeur tout désigné de Pieter Brueghel l’Ancien 2 (c. 1525 - 1569). Quoique plus nerveuse, son souci de travailler la plume selon une « écriture contrôlée » 3, ses lignes de contours fines, précises attestent de l’assimilation de la manière du maître et de sa réappropriation.

Luthérien, il se voit contraint de fuir Malines en 1572 pour Anvers où il entre dans la guilde de Saint-Luc en 1574. Par ailleurs soutenu par un mécène du nom d’Anthoni Couvreur 4, il poursuit sans mal sa brillante carrière et continue de se voir couronné par les lauriers du succès. Quelque temps plus tard en 1584, il doit pour les mêmes raisons, quitter la ville pour Berg-op-Zoom et se réfugie dans le camp de Guillaume d’Orange. Il séjourne ensuite à Dordrecht et Delft avant de s’installer définitivement à Amsterdam jusqu’à sa mort en 1593.

Cette charmante gouache que nous présentons figure le réjouissant thème d’un mariage paysan, dans les environs d’Anvers que l’on reconnaît à sa silhouette topographique représentée depuis le nord. Le format modeste, le liseré d’or encadrant la scène et l’exécution particulièrement minutieuse de cette gouache la rapprochent de l’art de la miniature que maîtrisait l’artiste. Certainement faite pour être placée parmi quelques curiosités que l’on trouvait dans les wunderkammer, elle s’inscrit parfaitement dans la production de Bol à partir des années 1580. Partant de ses études en plein air, il composait ensuite avec soin un environnement propice à accueillir un ensemble de figures.

Ici au premier plan, la fête bat son plein au son des doedelzakken : les mariés assis sous un baldaquin à gauche sont identifiés par la plus grande des trois couronnes de fleurs suspendues aux tissus tendus ; autour, les invités dansent, conversent, l’un expectore ses excès contre un arbre, d’autres préparent la suite du repas dans une grande marmite fumante, l’un se rhabille au-dehors des toilettes dans sa hâte probable de ne rien manquer de la fête, un chien encore, ronge l’os qu’il vient de dérober. Puis, si notre regard glisse au-delà de cet horizon proche, la vie se poursuit dans des plans successifs à droite où des moines labourent la terre, des troupeaux paissent, un paysan se repose au pied d’un calvaire et un couple se fait détrousser par des voleurs. Comme l’a remarqué Stefaan Hautekeete (conservateur de la collection de dessins anciens des Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique, qui prépare un catalogue raisonné de l'oeuvre complète de Hans Bol), il s’agit probablement de la seule gouache de l’artiste dont les figures seraient d’une autre main, à ce jour non-identifiée, bien que les personnages soient représentés dans des scènes caractéristiques de Bol.

Puis notre regard glisse sur les plans successifs des bâtiments aux façades crénelées jusqu’à être porté au loin et invité à suivre les contours de la ville d’Anvers. Sa silhouette caractéristique s’y dessine et rappelle qu’Hans Bol fut parmi les premiers de son école à tant se soucier de l’exactitude topographique des villes. Ce même profil se retrouve dans d’autres compositions, à l’instar d’une huile sur panneau de l’artiste (Fig. 1), datée des années 1580-1589 et conservée à Copenhague (Statens Museum for Kunst, inv. KMSsp217). À ce propos, Karel van Mander écrit qu’Hans Bol se distingue particulièrement dans les petits paysages qu’il manie avec une précision et une propreté rare, une manière assurée, nette, sûre, sans hésitation, avec un fini délicat, gracieux . Quelques siècles plus tard, il nous serait difficile de le contredire tant cette vue d’Anvers à l’horizon en témoigne. Le site exact du mariage quant à lui, est plus difficile à identifier mais on le retrouve sur trois autres œuvres de l’artiste : un dessin à la plume lui ayant manifestement servi à poser les bases du lieu choisi (Fig. 2. Collection particulière), un second dessin à la plume cette fois agrémenté de figures (Fig. 3. Collection particulière) ainsi qu’une gouache sur le même thème, datée de 1587 (Fig. 4. Collection particulière), elle aussi égayée de personnages.

Cette gouache illustre avec éclat la virtuosité narrative et la minutie d’exécution qui ont fait la renommée d’Hans Bol dans les dernières décennies du XVIᵉ siècle. Œuvre raffinée destinée à un cabinet de curiosités, elle témoigne pleinement de l’engouement des collectionneurs pour ces précieuses miniatures où se conjuguent observation du réel et invention poétique.