Vendredi 28 nov. 2025 - DAGUERRE - PARIS

Ecole FLORENTINE vers 1600, entourage d'Andrea COMMODI

Portrait de femme au large col de dentelle

Panneau de peuplier, parqueté

55.5 x 41 cm

Estimation : 20 000 - 30 000 €

Cadré au niveau du buste, le modèle se détache sur un fond vert olive. La position frontale et le style presque neutre, lisse, sans effet de matière tranchent avec des éléments très raffinés et précis, comme le col en dentelle ajouré, la broderie du manteau, le détail de la résille dans ses cheveux, ou encore le bijou sur lequel figure un cheval. Ce genre de représentation  dérive des portraits d'apparat aristocratiques de Bronzino et son école, peints par Alessandro Allori, Santi di Tito ou Maso da San Friano. Nous rapprochons notre tableau du Portrait de jeune femme, d’Andrea Commodi (1560-1638), acquis par le musée des Augustins de Toulouse en 2021 (fig.1). Cette peinture atemporelle ("senza tempo" suivant les termes de Federico Zeri), se pratiquait à la fin du maniérisme, aussi hors de Florence en Italie ; on pense par exemple aux portraits dessinés d'Ottavio Leoni.

Cependant, notre œuvre se détache de la production habituelle de cette époque par le type physique très marqué du modèle dont on peine à préciser l'origine. Ses traits nous paraissent être plutôt ceux d'une femme originaire d’Europe du Sud, que des Philippines, d'Amérique du Sud, ou d'une métisse. Il y a peu d'indices pour déterminer son âge ou son statut social, accepté le raffinement de son habit, et ses bijoux, dont la boucle d'oreille et le pendentif avec l'agneau pascal. Ses cheveux noirs et épais sont attachés en chignon et le peintre a tout de même montré des fines mèches qui s'en échappent. 

Au tournant des années 1600, les peintres s'intéressent parfois à décrire des caractères physiques inhabituels. Citons par exemple les études de femmes noires de Bartolomeo Passarotti ou les portraits de la petite Antonietta Gonsalvus atteinte d’hypertrichose, de Lavinia Fontana (Blois, Musée du Château Royal et Tokyo, musée National d’Art Occidental), deux peintres de Bologne. Le Portrait d'une femme africaine (fig.2) du Louvre Abu Dhabi, attribué un temps à Annibale Carracci, est désormais répertorié par ce musée comme relevant de l'école florentine vers 1560. Ce qui est conforté par le fait qu'elle porte des vêtements en vogue à la cour des Médicis.

Une certaine modernité est donnée à cette image par la mise en page géométrique, construite par le jeu presque abstrait des deux triangles blancs du col détachés sur l'habit sombre, et décolleté fermant ce même polygone. Le hiératisme de la composition, la peau brune, et les sourcils noirs très prononcés, soulignant la ligne l'arcade sourcilière, évoquent, à trois siècles de distance, les autoportraits de Frida Kahlo (fig.3).