Wednesday 25 Nov 2026 - IVOIRE SAUMUR - DELOYS - Angers
Antoine VESTIER (Avallon, 1740 - Paris, 1824)
Portrait de Marie Thérèse Rouillé d'Orfeuil
Toile ovale
79 x 62 cm
Signé en bas à gauche Vestier regis Pictor / 1787
en chêne sculpté et doré, d'époque Louis XVI
Estimate : 30 000 - 50 000 €
Provenance :
Exposition : - Paris, Salon de l'Académie royale de 1787; n°143;
- comtesse de Lantivy de Trédion, descendant directe du modèle;
- puis par descendance.
Bibliographie :
- Mercure de France, 22 septembre 1787, p.180, n°38.
- Anne-Marie Passez, Antoine Vestier (1740-1824), La Bibliothèque des arts, Fondation Wildenstein, Paris, 1989 : p.160, n°57 (dans sa notice, Mme Passez pense que la première version, exposée au Salon, était la toile de provenance Antoine Rouillé d'Orfeuil, collection Montalivet, galerie Knoeder and Co à New York, de dimensions identiques à notre tableau, et décrit la nôtre à tort comme réplique. Comme l'autre version n'est pas signée, ni datée, et que Mme Passez indique la juger sur photographie seulement, nous pensons que notre toile est la première, celle exposée au Salon).
Marie-Thérèse Rouillé d’Orfeuil, née Radix de Chevillon appartenait à une famille de la haute noblesse de robe. Fille de Claude Mathieu Radix de Chevillon et de Marie-Thérèse Dupuy de La Garde, elle est née à Paris en 1760. Son père était conseiller du Roi et trésorier général des gages du Parlement de Paris. Le 14 février 1777, elle épouse le baron Antoine Louis Rouillé d’Orfeuil, issu d’une lignée de magistrats champenois, et lui-même conseiller du roi. La dot de leur mariage, d’une somme de deux cent mille livres, était absolument considérable.
Son époux prend la succession de son père en 1786 et devint intendant de Champagne. Après la Révolution française, il obtient des fonctions importantes sous le Consulat puis l’Empire. Sa loyauté envers l’administration impériale fait de lui un homme d’influence qui sut trouver sa place sous la Restauration. Marie-Thérèse et Antoine Rouillé d’Orfeuil eurent un fils et deux filles. L’aîné, Gaspard Marie Louis, devint préfet de l’Eure-et-Loir.
Notre portrait la représente tenant un livre à la main, accoudée sur un coussin de velours rouge, avec une attention au costume proche des oeuvres de Vincent et de Madame Vigée-Lebrun. Vêtue d’une robe de taffetas gris perle, et nouée d’une ceinture à rayures bleues, notre modèle regarde le spectateur avec un léger sourire.
Dans son fameux livre "Les femmes qui lisent sont dangereuses", Stefan Bollmann écrivait, à propos de la lecture au siècle des Lumières : l’époque du rococo et des Lumières a certainement vécu avec l’idée du plaisir. Fini le temps où les lecteurs se penchaient avec effort sur de lourds in-folio. Les livres se tiennent à présent dans la main avec aisance et légèreté et la lecture de la poésie et des romans devient un nouveau passe-temps qu’offre la vie privée. Lire ne se réduit plus à chasser l’ennui mais devient une expérience de liberté individuelle” (Adler et Bollmann, Flammarion, 2015, p.70). Cet extrait aurait pu décrire notre toile, parfaite illustration de la place de la lecture et de l'émancipation des femmes au Siècle des Lumières, au moment où se développent les salons et assemblées littéraires.