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Claude Marie DUBUFE (Paris, 1790 - La Celle-Saint-Cloud, 1864)

Portrait d'Adrien Dauzats au turban

Toile (agrandie à l'époque de 6 cm en haut)

87 x 65 cm

Signé et dédicacé à droite 'Dubuffe / à son ami / Dauzats'.

Ancient restorations

Estimate : 30 000 - 50 000 €

Bibliographie : catalogue de l'exposition, Claude-Marie, Edouard et Guillaume Dubufe, Portraits d'un siècle d'élégance parisienne (par Emmanuel Bréon), Délégation à l'Action Artistique de la Ville de Paris,1988, p. 70 (mention à la date de 1831).

G. Plessier, Adrien Dauzats ou La tentation de l’Orient : catalogue raisonné de l'œuvre peint, Bordeaux, Musée des Beaux-Arts, 1990, p. 91.

Oeuvre en rapport : Portrait d’Adrien Dauzats (1808-1868), lithographie par Louis Delteil dans la revue L'Artiste, vol. XI, avril 1896.


La réapparition de ce portrait emblématique du romantisme et de l’Orientalisme est aussi une histoire d’amitié.

Dès 1826, Claude Marie Dubufe ouvre un atelier dans l'ancienne rue d'Orléans et fonde avec Adrien Dauzats et le baron Taylor une association d’entraide aux artistes. Ils resteront liés jusqu’à leur mort. Adrien Dauzats est présenté en 1824 au baron Taylor qui l'associe, trois ans plus tard, aux groupe de dessinateurs de son ouvrage les Voyages pittoresques et romantiques dans l'ancienne France. Après un un premier périple en Franche-Comté, et un second en Auvergne, le Baron Taylor est nommé commissaire du roi auprès du Pacha d’Égypte Méhémet Ali dans le but d'acquérir des objets d’art et d’antiquités pour les collections du Louvre, et parvient à obtenir la cession de l’obélisque de Louxor, qui sera érigé en 1836 place de la Concorde. C’est probablement parce que Dauzats accompagnait l'écrivain dans ce périple oriental que Dubufe, en 1831, représente son ami en costume ottoman.

L'artiste est alors au sommet de sa gloire, ses portraits comme ses scènes de genre triomphent à plusieurs salons. La critique le considère alors comme à la croisée de la tradition davidienne qu'il perpétue, et du romantisme. Plusieurs de ses portraits féminins des années 1830 arborent de grands turbans orientaux alors à la mode sous la Restauration. Signalons aussi, dans cette veine exotique, le célèbre portrait de Hassan gardien de la girafe, animal que Méhémet Ali avait offert à Charles X, conservé au musée du Louvre depuis 2017.  

Le goût prononcé pour l'hellénisme développé durant la Guerre d'Indépendance grecque au début du Siècle, s'estompe dans les années 1830. Les artistes se tournent désormais vers des destinations plus lointaines, telles que Constantinople ou le Caire.

En représentant Adrien Dauzats coiffé d'un turban turc démesuré, Claude Marie Dubufe s'inscrit dans ce goût pour le Proche-Orient alors en vogue dans les années 1830. Pour autant, il réinvente la tradition du portrait enturbanné qui, depuis Rembrandt et Rigaud, en passant par les peintres français du 18e siècle, Jean-Honoré Fragonard et Jean-Baptiste Leprince, s’était poursuivi avec le baron Gros, Girodet, et Géricault jusqu'à Delacroix. En choisissant d'habiller son ami de ce riche costume, le peintre livre un portrait  très éloigné des conventions du genre. Le turban, animé par un spectaculaire jeu de courbes et rehaussé de couleurs vibrantes, illumine l'ensemble, jouant sur un rouge vermillon vif, un pourpre, des tons orangés et safran, apportant ainsi un grand dynamisme à la composition, dont les multiples pompons descendant en cascade sur les épaules du modèle contrastent avec les motifs parallèles de son kaftan.