Sunday 22 Nov 2026 - VALOIR - POUSSE - CORNET SARL - Blois
Antonio SOLARIO dit Le Zingaro (1465-1530)
Vierge à l'Enfant avec saint Joseph et saint Jean-Baptiste
Panneau de tilleul, une planche renforcée
51.5 x 35 cm
Ancient restorations
Estimate : 20 000 - 30 000 €
Provenance :
Vente à Londres, Christie's, 7 juillet 2006, n°136 (comme Pier Maria Pennachi)
Vente à Paris, Hôtel Drouot, PIASA, 15 novembre 2013, n°67 (comme Attribué à Benvenuti dit l'Ortolano, adjugé 29000 €)
Acquis à cette vente par le propriétaire actuel.
Bibliographie :
Marco Tanzi, Aggiornamenti per Filippo da Verona, «Verona illustrata», XIX, 2006, pp. 97-107, notre tableau p. 106, note 2, en tant qu’œuvre de Johannes Hispanus
Laura Pagnotta, dans « Bollettino d’Arte » 2011, pp. 59-108 (Johannes Hispanus)
Stefania Castellana, Johannes Hispanus, Persico Dosimo (CR), 2017, pp. 104-107 (« Maître de Sainte Dorothée »).
Ce tableau présente toutes les caractéristiques d'un petit groupe de tableaux de très haute qualité dont l'attribution a varié entre deux peintres itinérants en Italie durant le premier quart du 16e siècle, marqués tous deux par les mêmes influences : Johanes Hispanus, et Antoino Solario (lequel n'a pas de lien familial avec son homonyme milanais, élève de Léonard de Vinci, Andrea Solario). Dans ce groupe citons La Vierge à l'enfant avec sainte Dorothée (vente à Londres, Sotheby's, 6 décembre 2006, n°33, comme Antonio Solario), La Vierge à l’Enfant avec saints Antoine Abbé et Dorothée (vente à Londres, Christie's, 1er juillet 2026, n°152, comme Johannes Hispanus). Stefania Castellana les avait écartés du corpus de Johannes Hispanus et les avait regroupés sous le nom de convention du "maître de Sainte Dorothée", opinion sur laquelle elle est revenue depuis.
La différenciation entre ces deux artistes de la Renaissance se base sur un nombre très réduit de tableaux signés par chacun d'eux et proches stylistiquement : à un substrat vénitien influencé par Giovanni Bellini, ces peintres incorporent des éléments de Pérugin et de Pinturicchio, de maîtres ferrarais tels que Boccaccino ou Mazzolino ou lombards comme Bramantino. L'artiste né en Espagne semble lui légèrement marqué par l'aire florentine, notamment Botticelli et Piero di Cosimo (histoires du Décaméron, en dépôt au musée du Prado à Madrid), ce qui n'est pas le cas de Solario et de notre tableau.
Les informations sur la vie et l’activité d'Andrea Solario sont rares et incertaines, à commencer par le lieu et sa date de naissance. On pense qu'il s'est formé à Venise (Il signe "venetus" la Madonne de la Nation Gallery de Londres), puis travaille dans les Marches entre 1502 et 1506, peint un cycle de vingt fresques au monastère de Santi Severino e Sossio à Naples (aujourd’hui les Archives d’État). Il signe et date ses deux chefs-d'oeuvre, Salomé tenant un violon, Hérodiade avec la tête de saint Jean-Baptiste en 1511 (Galerie Doria Pamphilj, Rome), puis le Retable de Withypool de 1514 (Bristol City Museum and Art Gallery). On ignore quelle fut son activité postérieure à cette date, certains évoquant une présence en Angleterre (le poète et antiquaire John Leland, conservateur des bibliothèques d’Henri VIII cite de nombreuses oeuvres de lui dans ce pays). Il parait légérement influencé dans la seconde partie de sa carrière par son homonyme Andrea Solario.
On rapprochera notre panneau de la Sainte Conversation autour de la Vierge à l'enfant de Walters Art Gallery de Baltimore (inv. 37.502). On retrouve souvent chez lui le même type d'enfants aux boucles blondes, des rideaux verts vifs, des fenêtres ouvrant sur un paysage nordique, par exemple dans la Vierge à l'enfant du Museo Civico di Belluno (volé en 1973 et retrouvée en 2025). Le feuillé de l'arbres et la montagne bleue évoquent presque certaines aquarelles de Dürer.
Nous remercions Mauro Lucco de nous avoir proposé cette attribution à Antonio Solario pour ce tableau sur photographie numérique en juin 2025, et pour son aide à la rédaction de cette notice.