Mardi 16 juin 2026 - TAJAN - PARIS

Robert LEFEVRE (Bayeux 1755 - Paris 1830)

Portrait d'Iphigénie d'Estouff Milet de Mureau (1778 - 1862), épouse Decaux

Toile

193 x 135 cm

Signé et daté en bas à gauche "Robert Lefevre. 1808"

Restaurations anciennes

Estimation : 40 000 - 60 000 €

Provenance :

Vente anonyme, Paris, Hôtel Drouot, 6 décembre 1866, n° 45 ;

Collection de la British Rail Fund ;

Vente anonyme, Londres, Sotheby's, 6 juin 1993, n° 7 ;

Vente anonyme, Londres, Sotheby's, 2 avril 1998, n° 23.

 

Expositions :

Salon de 1808, n° 519 ("Portrait en pied d'une dame tenant un porte crayon et un carton à dessin") ;

French neo-classicism, New York, Wildenstein, avril-mai 1976, n° 10.

 

Bibliographie :

G. Wildenstein, "Tableau alphabétique des portraits peints, sculptés et gravés exposés à Paris au Salon entre 1800 et 1826", dans Gazette des Beaux-Arts, LXI, janvier 1963, reproche. fig. 5 p. 18.

 

Né à Bayeux en1756, Robert Lefèvre se forme à Paris à partir de 1784 auprès de Jean-Baptiste Regnault (1754-1829). Dès 1791, il expose au Salon, présentant principalement des sujets d’Histoire, avant de se consacrer au portrait de genre, pour lequel il acquiert une certaine renommée. Il réalise notamment en 1801 le Général Bonaparte et son chef d’état-major Berthier à la Bataille de Marengo, ou encore en 1803 le Portrait du Premier Consul pour la ville de Dunkerque, commandé par Vivant Denon (1747-1825). Cette réputation de peintre de la famille impériale permettra à Robert Lefèvre de travailler avec de prestigieux commanditaires.
Les années 1780 voient le développement et la reconnaissance de la pratique artistique féminine, comme l’illustre la réception à l’Académie d'Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842) et d’Adélaïde Labille-Guiard (1749-1803) en 1783, ainsi que leur succès au Salon de 1785. A la fin de la décennie, la Révolution pousse les femmes artistes de la noblesse à se professionnaliser pour subsister.
C’est dans ce contexte que Jean-Baptiste Regnault ouvre en 1787 dans la grande galerie du Louvre un atelier pour jeunes filles supervisé par sa femme Sophie Mayer (1763-1825). Robert Lefèvre se forme dans ce milieu qui se féminise, ce qui marque profondément sa pratique : il réalise en effet de nombreux portraits de ses collègues peintres, dont notre tableau est un exemple. Figurant une jeune femme vêtue à la mode du du Premier Empire, notre œuvre est présentée au Salon de 1808 sous le titre « Portrait en pied d’une Dame qui tient à la main un porte-crayon et un cahier de dessin », et est saluée par la critique dans le Mercure de France.
Robert Lefèvre choisit de placer son modèle dans un paysage naturel, entouré de végétation, et accompagné d’attributs qui renvoient à sa qualité de peintre. Ce portrait fait office de portrait d’apparat tout en permettant d’affirmer la qualité d’artiste du modèle. Un paiement reçu par Robert Lefèvre de la part d’Iphigénie Decaux (née Claire Françoise Iphigénie d'Estouff Milet de Mureau) semble indiquer que c’est cette dernière qui a été représentée en sa qualité de peintre de natures mortes.
Née le 17 juin 1778 à Toulon dans une famille noble originaire de Lorraine, elle étudie la peinture auprès du peintre de natures mortes flamand Jan Frans Van Dael (1764-1840). Exposée au Salon entre 1798 et 1812, elle connaît un vif succès, notamment auprès de l’Impératrice Joséphine qui possède l’une de ses œuvres. L’imposante dimension du tableau montre son importance dans la société du Premier Empire : en effet, née Claire Françoise Iphigénie d'Estouff Milet de Mureau épouse en 1800 Louis-Victor Decaux, vicomte de Blacquetot (1775-1845), général de division de la Révolution française et du Premier Empire et homme politique français.