Vendredi 26 juin 2026 - HÔTEL DES VENTES DE GRASSE - Grasse

Jean-Baptiste GREUZE (Tournus, 1725 - Paris, 1805)

Jeune fille tenant un oiseau entre ses mains

Toile ovale

63 x 52.5 cm

en bois sculpté et doré d'époque Louis XVI, estampillé Levert

Estimation : 60 000 - 80 000 €

Jean-Baptiste Greuze a peint au moins à trois reprises le motif de la jeune fille près d’une cage à oiseaux, entre 1757 et 1800, le plus souvent avec un oiseau mort . La version la plus célèbre, Jeune fille pleurant son oiseau mort, 1765 (1) , a suscité de nombreuses interprétations, notamment celle de Denis Diderot, qui y voit une allusion à une histoire de séduction ( l’oiseau mort est généralement interprété comme le symbole d’une virginité perdue, même si ce sens n’était pas évident pour tous les contemporains). Greuze joue en effet sur une ambiguïté entre innocence et connotation érotique. La version la plus spectaculaire est probablement celle de la collection Farida et Henri Seydoux, Paris (2) tandis que L’oiseau mort, Paris (Musée du Louvre) daté 1800 montre que l’artiste s’est intéressé à ce thème pendant plus de quarante ans.

La particularité de notre tableau est que l’oiseau est bien vivant et tente de s’échapper des mains de la jeune fille qui le tient avec précaution et semble se réjouir de la situation. À côté d’elle, une cage est ouverte au dessus de laquelle est posée une écuelle.

Au XVIIIe siècle, l’oiseau (souvent un moineau ou une colombe) est un symbole traditionnel de pureté et de virginité. Cette jeune fille de 10 ou 11 ans quitte le monde de l’enfance. L’Encyclopedie de D’Alembert et Diderot parle de l’âge de la puberté comme de « cet âge ou la nature se renouvelle et dans laquelle elle ouvre la source du sentiment » (3).  L’oiseau ici n’est pas simplement un animal domestique : il représente l’état moral de la jeune fille, la cage ouverte renforce cette idée. L’expression de la jeune fille peut être interprétée comme de la naïveté, une légère mélancolie ou même une forme de conscience troublée, l’oiseau devient alors une métaphore de la liberté, du désir du temps qui passe.

 

Nous remercions Madame Yuriko Jackal pour avoir bien voulu nous confirmer le caractère autographe de notre tableau.

(1) salon de 1759, Edimbourg, National Galleries of Scotland, Inv. NG435.
(2) Greuze, l’Enfance en lumière, Paris, Petit Palais, 2025, cat. N°67 rep. p.288.
(3) Jaucourt, 1765, p.442.