Wednesday 25 Mar 2026 - ADER - Paris

Joseph Désiré COURT (Rouen 1797 - Paris 1865)

Boissy d'Anglas saluant la tête du député Féraud, journée du 1er Prairial An III (20 mai 1795)

Toile d'origine (Belot)

88 x 115 cm

Signé en bas à droite "Court"

Ancient restorations

en bois sculpté et doré, d'époque Louis XVI, estampillé INFROIT avec la Jurande, JME

Estimate : 30 000 - 50 000 €

Provenance :

Vente après-décès de l'atelier Court, Paris, Hôtel Drouot (Me Pillet), 23 et 24 février 1866, n° 3 ;

Vente anonyme, Paris, Hôtel Drouot (Mes Brissoneau et Daguerre), 21 mars 2008, n° 90.


Bibliographie :

F., "Concours pour le troisième tableau destiné à la Chambre des Députés. (Deuxième article)", Journal des Artistes, 10 avril 1831 ;

M.-C. Chaudonneret, L'état et les artistes : de la restauration à la monarchie de Juillet (1815-1833), Paris, 1999, p.206 à 208 ;

Jean-Loup Leguay, " De pareilles oeuvres valent toutes une histoire" : l'Odyssée du Boissy d'Anglas saluant la tête de Féraud (1833) peint par Joseph-Désiré Court", Le Temps des collections Hors-série, Réunion des Musées de Rouen Métropole, 2021, p.64 et p. 67, fig.4.


Afin de décorer le mur de la salle des Séances de la Chambre des députés au Palais Bourbon, un concours est organisé par l'Etat en septembre 1830. Le programme iconographique est confié au ministre de l'Intérieur Guizot ; celui-ci choisit trois thèmes, correspondant à trois tableaux distincts, illustrant l'histoire législative pendant la Révolution française. Court présente cette esquisse aux cotés de cinquante-trois participants, parmi lesquels figurent Eugène Delacroix (Bordeaux, Musée des Beaux-Arts), Alexandre-Evariste Fragonard (Paris, musée du Louvre), Nicolas Sébastien Maillot (Reims, Musée Saint-Denis), Joseph Auguste Tellier (Versailles, Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon), Felix Auvray (Valenciennes, Musée des Beaux-Arts), Alphonse Roehn (Tarbes, Musée Massey), Thomas Degeorge (Clermont-Ferrand, Musée Bargoin) et Guillon-Lethière (vente à Monaco en 2025). C'est Auguste Vinchon qui remporte le concours avec son ébauche, aujourd'hui conservée au Musée des Beaux-Arts de Tours.

La scène représentée sur notre tableau se tient dans la salle de la Convention Nationale correspondant à la Salle des Machines aux Tuileries, en fait un théâtre. Le 1er prairial en III (20 mai 1795), les parisiens affamés envahissent la Convention. Féraud, député des Hautes-Pyrénées, s'oppose à l'émeute et se fait abattre par un coup de pistolet. Sa tête est tranchée puis présentée au bout d'une pique au président de séance, Boissy d'Anglas. 

Le Journal des Artistes du 10 avril 1831 publie une critique du concours dans laquelle notre tableau est décrit : "Enfin, M. Court, l'un des concurrens (sic) les plus redoutables, paraît avec ses avantages ordinaires : une couleur vive, une lumière piquante, un dessin riche de diversité, d'individualité et d’expression. Sa scène est nombreuse et animée. Les députés sont chassés et outragés par la populace furieuse. Boissy d’Auglas, debout, se découvre avec calme devant le hideux spectacle qui lui est offert; mais il ne songe nullement à résister aux révoltés. Un geste du bras gauche, calculé dans ce sens, eût ajouté un grand prix à son tableau."

Humilié d’avoir échoué à cette épreuve, Court décide de développer notre esquisse en un vaste tableau (toile 4,92 x 8,13 m), aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Rouen (inv. FNAC PFH-254), qu’il expose à plusieurs reprises, à commencer par le Salon de 1833 puis à Bruxelles la même année et enfin dans diverses villes de province entre 1833 et 1835. Montré à Rouen, sa ville natale, l’accueil réservé par la presse et le public est particulièrement chaleureux pendant le mois et demi de l’exposition (29 mars – 12 mai 1835). Ainsi apprécié, le tableau est acquis par l’Etat à la demande du musée, avec la promesse d'y être déposé.