Tuesday 14 Oct 2025 - PICHON & NOUDEL-DENIAU (Azur Enchères) - Cannes

Jean-Baptiste GREUZE (Paris, 1725 - Tournus, 1805)

Portrait de jeune fille au ruban bleu

Toile

42 x 34.3 cm

Sur le châssis numéro 6930 et cachet de douane.  

En bois sculpté redoré, travail français du XVIIIè

Estimate : 120 000 - 150 000 €

Provenance :
- Vente Lucerne, Fischer, 20 novembre 1997, n° 1032; - Vente Christie’s New York 25 mai 1999, n°78 (167.500$).


« Ses têtes sont charmantes, elles parlent, elles pensent » (Diderot, Salon de 1765).


Notre tableau représente une jeune fille de trois-quarts, tournée vers le spectateur, fixant celui-ci d’un regard à la fois direct et mélancolique. Ses cheveux blonds, relevés avec simplicité, sont maintenus par un ruban bleu qui souligne la fraîcheur de son visage. Elle est vêtue d’un ample drapé blanc et noir, qui laisse apparaître la douceur nacrée de son épaule et de sa nuque. L’arrière-plan neutre concentre toute l’attention sur l’intensité de l’expression.

Cette œuvre s’inscrit dans la veine des « têtes de caractère » et des portraits idéalisés qui firent la célébrité de Greuze. Contrairement à la figure pathétique et exaltée que l’on retrouve dans certaines compositions de l’artiste, cette jeune fille se caractérise par une retenue plus méditative. La frontalité du regard, légèrement voilé de mélancolie, confère à l’image une puissance psychologique rare.

La palette claire, le modelé lisse et la subtilité du rendu de la carnation évoquent la manière de Greuze des années 1770-80, époque où ses études de jeunes femmes rencontrèrent un immense succès auprès des amateurs.


Nous pouvons rapprocher notre tableau de plusieurs œuvres célèbres de Greuze :

- La Jeune fille au ruban bleu (Paris, musée du Louvre, inv. RF 1983-18), très proche dans la coiffure et l’intensité du regard.

- La Tête de jeune fille (Saint-Pétersbourg, musée de l’Ermitage), qui partage la même douceur et le même effet de clair-obscur.

- la Jeune fille vue de dos (Montpellier musée Fabre). 

Ce type de composition témoigne du rôle de Greuze comme peintre de la sensibilité : il ne s’agit pas ici d’un portrait individuel, mais d’une effigie idéale, où la jeunesse, la fraîcheur et la beauté incarnent à la fois l’innocence et l’émotion. Le ruban bleu, sobre mais significatif, vient accentuer le caractère gracieux et intime de la figure.

Ces images de jeunes filles, à la fois séduisantes et méditatives, répondaient à la vogue sentimentale du siècle, exaltée par la critique et collectionnées avec ferveur par les amateurs. 


« Greuze est le premier qui ait su donner à la peinture de genre de la noblesse et de l’interet. Ses figures sont touchantes sans etre triviales «  (Frederic Memlchior Grimm, Correspondance litteraire, 1760-1770).