Tuesday 16 Jun 2026 - TAJAN - PARIS
James TISSOT (Nantes 1836 - Chenecey-Buillon 1902)
Le Bal
Toile d'origine
65 x 40.5 cm
Dédicacé et signé en bas à gauche "A l'ami Prains (?) / J. J. Tissot" ; porte une inscription au crayon au revers du châssis "Hotel de Paris 22 / J. Tissot n° 5194"
Enfoncements, griffures et soulèvements
Frameless
Estimate : 50 000 - 80 000 €
Provenance :
Acquis auprès de la veuve de l'artiste dans l'atelier de James Tissot ; toujours resté dans la famille.
Notre tableau est une première pensée peinte vers 1868-1869 que Tissot ne développera que dix ans plus tard pour Le Bal , qu'il expose à la Grosvenor Gallery en 1878 sous le titre The Evening, conservé au Musée d’Orsay (fig. 1) et ensuite pour L’Ambitieuse (Albright Knox Art Gallery, Buffalo), réalisée vers 1883-1884 (fig. 2). On connait un dessin préparatoire à notre esquisse où l'on retrouve les stries noires sur le bas de la robe qui marquent les plis (vente à Paris, Hôtel Drouot, étude Dumousset-Deburaux, le 2 juin 1995, n°115).
Entre notre esquisse et le tableau d’Orsay, l’artiste recentre sa composition sur la jeune femme vue de trois-quarts, éliminant le sol et le rideau de gauche. Il accentue la rotation du corps et le faux-cul de la robe digne de Worth, dont la couleur passe du bleu au jaune. L'éventail à plumes d’autruche devient un accessoire de séduction plus affirmé. Le décorum évolue : le grand vase chinois en porcelaine bleu est ôté à droite, et l'entrée de la salle où la foule commence à arriver est plus ouverte. Le regard de la jeune femme fixe moins le spectateur et se détourne nettement des invités.
Dans L’Ambitieuse, le mouvement s'accentue. La robe rose présente une tournure encore plus volumineuse et la femme fait désormais face à la foule plus dense. L'intérieur est plus luxueux et le rideau de velours encadre la scène, marquant la rupture entre l'ombre du privé et la pleine lumière du public. Cette oeuvre a été gravée à l'eau-forte par l'artiste. Le modèle a été identifié successivement comme Kathleen Newton puis Lady Mary Craven mais l'artiste ne connaissait ni l'une ni l'autre au moment de la réalisation de la réalisation de notre peinture .
Les deux compositions achevées s'inscrivent bien dans la peinture victorienne, caractérisée par l'effusion de riches détails ornementaux. Notre toile présente une plus grande simplicité et spontanéité et se rapproche ainsi des premières recherches impressionnistes, notamment celles des proches amis de James Tissot, Edouard Manet (les tons de gris et bleu de la robe) et Edgar Degas (le cadrage rythme de verticales), voire une immédiateté proche de Berthe Morisot et Eva Gonzalès.
Nous remercions Krystyna Matyjaszkiewicz de nous avoir aimablement confirmé l'authenticité ce tableau par mail sur photographie numérique le 24 avril 2026.