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Frans FRANCKEN II (Anvers, 1581-1642)

Arrestation du Christ

Cuivre

56.6 x 73 cm

Signé en bas à droite f.franck IN f

Ancient restorations

Estimate : 12 000 - 15 000 €

Provenance :
Vente Tajan, Paris, 9 décembre 1999, n°26 ; acquis dans cette vente par l'actuel propriétaire, ancienne collection du château de Cieurac, France.


Né à Anvers en 1581, Frans Francken II est le quatrième fils de Frans Francken I (1542-1616). Fondé sur la tradition médiévale des métiers et des corporations, le mode d'apprentissage favorise la filiation artistique. Cela est particulièrement vrai pour les Francken, qui s'imposèrent comme l'une des familles les plus prolifiques en Flandre entre le XVIe et le XVIIe siècle.

Naturellement formé par son père, Frans II affirme rapidement un goût certain pour l'érudition. Dans sa peinture se retrouvent ainsi de multiples références littéraires, bibliques, voire ésotériques. Peintre de retables renommé, il popularise également le genre de la peinture de cabinets de curiosités (Kunstkammer). Petits formats destinés aux amateurs, il s'y distingue par son style délicat et raffiné. Portant le plus souvent sur des thèmes religieux, historiques et mythologiques, l'artiste ne manque pas d'y suggérer toujours une morale sous-jacente. Ses petites compositions mettant en scène des singes imitant les hommes se laissant aller à leurs vices deviendront un genre à part qui influencera les générations suivantes.

En 1605, il devient maître de la Guilde de Saint-Luc à Anvers. Fort de son succès, il ouvre un atelier et s'entoure d'un nombre important d'assistants afin de répondre à ses nombreuses commandes. Véritable entreprise commerciale, il emploie également ses frères, ses fils et compte parmi ses plus illustres collaborateurs Jan Brueghel le Vieux (1568-1625).

Au premier plan, Francken se saisit de l'instant où le Christ est emmené tandis que Pilate se lave les mains, cédant la responsabilité de la condamnation au peuple. Au deuxième et troisième plans, le Christ poursuit sa montée vers le calvaire que l'on aperçoit encore nu dans le fond de la composition. Particulièrement dynamique, la scène principale est saturée de personnages dont le peintre individualise les mouvements, les expressions et les apparences globales. Riche, la palette se décline en une multitude de couleurs, réchauffée par des touches d'un rouge profond dispersées en divers endroits. Un raffinement certain se retrouve dans les plumes aux mouvements souples, la passementerie des hallebardes ou l'épais velours du dais. Outre le coloris cher au peintre se retrouve l'un de ses topos : la précieuse figure de Ponce Pilate, dont l'anachronisme du costume n'enlève rien à son caractère particulièrement raffiné. Ainsi, ce personnage se retrouve par exemple dans une autre composition sur le même sujet, conservée au musée du Prado (Fig. 1). Passé un temps dans l'atelier de Frans Floris, lui-même influencé par l'Italie où il avait séjourné, il est possible d'y voir des réminiscences italianisantes. Parmi les plus illustres peintres anversois de son temps, l'art de Francken influencera durablement la production locale en raison de sa virtuosité et du succès commercial qui en découlé. Comme évoqué avec Jan Brueghel le Vieux, il n'hésita par ailleurs pas à collaborer avec des spécialistes du paysage ou des architectures. Abraham Govaerts (1589-1626) ou Joos II de Momper (1564-1635) figurent parmi ces derniers, peintres dont les manières se répondent merveilleusement dans des compositions à quatre mains.