Dimanche 22 nov. 2026 - VALOIR - POUSSE - CORNET SARL - Blois

Jan I van KESSEL (Anvers, 1626 - 1679) et Adrien Van STALBEMPT (Anvers, 1580 - 1662)

Allégorie des cinq sens

Panneau

74 x 107 cm

Inscription sur le clavecin 'Andreas.Ruckers. Me. Fecet. Antwerpia Aø 1619'. Au revers une étiquette précise la provenance du tableau. 

Estimation : 400 000 - 600 000 €

Provenance :

Vente Paris, étude Tajan, 25 juin 2003 (expert : Eric Turquin).


Commandé vers 1650 par Angibert Van den Berg né en 1608 à Anvers. Apporté par son fils Georges (1633-1684) à Orléans en 1652. Important négociant en sucre, Georges Van den Berg était un érudit et un grand collectionneur de meubles flamands, de livres et d'objets d'art, d'où la présence du clavecin, signé de Ruckers. La collection Van den Berg restera chez ses descendants à Orléans jusqu'à la fermeture de la maison de commerce du sucre lors du blocus continental de 1810. Notre tableau demeura dans la famille jusqu'à son passage en vente publique en 2003. 

Le tableau est une œuvre de collaboration : les éléments de nature morte, les objets déposés sur la table, le mobilier et la représentation des tableaux accrochés au mur sont très caractéristiques de la facture minutieuse de Jan van Kessel l’Ancien. Les figures féminines élégantes, aux carnations porcelaine, sont le fait d’Adriaen van Stalbempt, comme le montre son activité de peintre de personnages, artiste plutôt paysagiste (voir D. Coeckelberghs, Adriaen van Stalbempt als figurenschilder, Oud-Holland, 1981, pp. 10-12).

À gauche du tableau, nous pouvons admirer un clavecin à double clavier, portant la signature suivante : Andreas Ruckers me fecit Antverpiae 1619.

Nous trouvons sur les faces internes de l’instrument un papier décoratif à motif d’arabesques, utilisé par Andreas Ruckers (un type 6 et un second très proche du type 13 de l’ouvrage de Grant O’Brien sur les Ruckers). Les faces externes du clavecin présentent un décor à l’imitation du marbre typique des décors flamands, et la face interne du couvercle une peinture de qualité.

Un clavecin d’Andreas Ruckers de 1627, se trouvant au Gemeentemuseum de La Haye, possède des caractéristiques semblables.

L’ouvrage de Donald Boalch signale un instrument à deux claviers datant de 1619 d’Andreas Ruckers, dont la localisation est actuellement inconnue.

Le musée de Bruxelles possède dans ses collections une planche de nom portant la même inscription que celle de notre clavecin. Nous pouvons faire le rapprochement avec l’instrument dans l’Allégorie de l’Ouïe de Jan Brueghel que Monsieur O’Brien a identifié comme étant un des Ruckers.

Au milieu du XVIe siècle, Anvers devient le principal centre économique du Nord, et le trafic international exportant la production artistique qui s’y était installée. En effet, les peintres de clavecin (facteurs), les peintres et les sculpteurs étaient tenus d’appartenir à la Guilde de Saint Luc pour exercer leur activité.

Il faut attendre une ordonnance datant de 1579, pour que les peintres de clavecin soient reconnus en tant que facteur et aient le droit de réaliser eux-mêmes les caisses de leurs clavecins, ce qui explique l’appartenance des facteurs flamands à la même corporation que les sculpteurs.

En 1579, Hans Ruckers, l’un des plus célèbres facteurs de clavecin au monde, est admis à la Guilde de Saint Luc. Né à Malines, il s’établit à Anvers vers 1550. Le 25 juin 1575, il épouse Adriana Knaeps à Notre-Dame d’Anvers. Il meurt entre juillet 1597 et décembre 1598. Deux des dix enfants de Hans Ruckers reprennent son activité et continuent la facture et l’enseignement de Clavecin (clavecins) dans la Jodenstraat à Anvers (rue située à 200 mètres de la maison de Pierre Paul Rubens). Johann (baptisé à Anvers le 15 juillet 1578 et mort à Anvers le 19 septembre 1642) entre en 1611 à la Guilde de Saint Luc. À partir de 1615 il entretient les clavecins et les épinettes de la cour de Bruxelles, les orgues de l’église Saint Jacques et ceux de la Jacobs­kerk. De 1616 jusqu’à sa mort, il est le facteur des clavecins et d’orgues de l’Archiduc à Bruxelles.

En 1623, avec Pierre Paul Rubens, Jan Brueghel, Robrecht de Nole et Rombout Rasiers, il est exempté de veille sur les remparts de la ville, en raison de son service à la cour.

À la mort de sa mère survenue en mars 1604, il hérite en tant qu’aîné de l’atelier et de la maison familiale. Il épouse Maria Waerlaent, la même année et auront deux filles, Maria et Elizabeth. En 1636, sa fille Maria reçoit une dot considérable, lors de son mariage avec le peintre Snayers. Son atelier est repris par son neveu Johannes Couchet.

Andreas Ier, dit l’Aîné (baptisé à Anvers le 30 août 1579 et mort à Anvers entre juin 1651 et mars 1653) entre à la Guilde de Saint Luc en 1610. Il épouse le 25 juillet 1605 Catharina de Vries, belle-sœur du peintre Jacob Jordaens. De cette union naît un fils Andreas II et une fille Anna qui deviendra la seconde épouse de Johann Davidz de Heem, l’un des plus célèbres peintres de fleurs et de nature morte d’Anvers.

Andreas travaille avec son frère en 1604, et en 1605 il signe ses propres instruments. En 1616, il habite près du cimetière de la cathédrale, dans la Huidevetterstraat (rue des Tanneurs).

Les instruments des Ruckers répondent à une technique de construction de qualité qui leur est propre comme le confirme l’Encyclopédie : « Les meilleurs clavecins qu’on ait eus jusqu’ici pour le beau son de l’harmonie, sont ceux des trois RUCKERS ainsi que de Jean COUCHET, qui tous établis à Anvers dans le siècle passé ont fait une immense quantité de clavecins dont il y a à Paris un très grand nombre d’originaux ».

Parmi les clavecins royaux de Versailles (Inventaire de 1780), nous notons un clavecin décoré de chinoiseries et un autre avec des figures sur fond jaune. Tous les deux sont de la famille Ruckers.

Nous remercions Odile Vérot (expert en Instruments de Musique) pour sa collaboration (123, rue des Dames - 75017 Paris - tél. : 01 43 87 19 76)

Un détail du tableau est reproduit en page 24