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Jean-Léon Gérôme (Vesoul, 1824 - Paris, 1904)
Portrait de la duchesse d'Uzès suivant la chasse à courre
Toile et châssis d’origine
25 x 31.5 cm
Signé et daté en bas à gauche
d'origine
Estimate : 40 000 - 60 000 €
Provenance : duc d’Uzès au château d’Uzès (Gard) ;
Sa vente au château de Sanilhac, à Sanilhac-Sagriès, Étude de Provence, le 21 novembre 2020
Ce tableau est l’esquisse ou la première pensée d’un grand format (ill.1) peint en 1883 par Gérôme1, non localisé et connu uniquement par une photographie en noir et blanc publiée dans le numéro du 1er février 1902 du mensuel Les Modes.
Anne de Rochechouart de Mortemart (1847-1933), duchesse d’Uzès marqua ses contemporains par sa forte personnalité, mais aussi par son talent artistique. Arrière-petite-fille de la propriétaire de la célèbre maison champenoise Veuve Clicquot, elle est devenue duchesse d’Uzès par son mariage, le 10 mai 1867, avec Emmanuel de Crussol d’Uzès (1840-1878). Précocement veuve, elle s’occupe seule de leurs quatre enfants. Féministe avant l’heure, elle se passionne pour de nombreux domaines, comme celui de l’automobile. Première femme à obtenir le permis de conduire en 1897, présidente de l’Automobile Club féminin français, elle est aussi la première à être verbalisée pour excès de vitesse en 1898 au volant de sa Delahaye type 1. Durant la Première Guerre mondiale, elle met en place, avec Maurice Marcille, des camions transportant des tables d’opération et du matériel de radiologie, permettant de soigner jusqu’à soixante blessés par jour au plus près du front.
La duchesse d’Uzès s’engage en politique, finance le général Boulanger espérant qu’il l’aiderait à rétablir Philippe d’Orléans sur le trône, organise également une expédition en Afrique et se rapproche de Louise Michel ou d’anarchistes. Vers 1890, elle se tourne vers une autre activité: la sculpture. Signant ses œuvres « Manuela », elle obtient plusieurs commandes de statues religieuses pour des églises, qu’elle réalise dans son atelier du quartier des Ternes. Elle demande conseil à divers sculpteurs, et probablement aussi à Gérôme, qu’elle appelle son « maître » dans ses souvenirs parus en 1939 (p.160). De 1901 à 1903, puis de 1907 à 1933, elle est présidente de l'Union des femmes peintres et sculpteurs.
Elle fut également férue de chasse à tel point qu’elle se fait exclure de la Société protectrice des animaux. Première femme lieutenant de louveterie, elle était maître d’équipage à Bonnelles, où elle possédait un château dans la forêt de Rambouillet (ill.2). C’est peut-être lors de l’un des « rallyes de Bonnelles », une chasse à courre créée par son mari, que le peintre Jean-Léon Gérôme la représente dans ce tableau.
Son portrait, dans une pose plus conventionnelle, par Edouard Dubuffe (1869) est conservé au musée d’Orsay (RF 1983 1).
1. Cette date est indiquée par Gerald A. Ackerman, suivant une source manuscrite conservé à la Bibliothèque Nationale (G. M. Ackerman, Jean-Léon Gérôme. Monographie révisée. Catalogue raisonné mis à jour, version consultée, Courbevoie-Paris, ACR édition, 2000, p.312, n° 326).