Wednesday 25 Mar 2026 - ADER - Paris

François de TROY (Toulouse, 1645 - Paris, 1730)

Autoportrait avec la famille de l'artiste

Toile

50.8 x 62.9 cm

Localisé, signé et daté en bas à gauche 'Peint à P... / François de Tr... / ... en 170.' Inscrit au revers de la toile 'Portraits of a noble / family or his own family himself / by Hyacinth Rigaud'

de présentation sculpté et doré d'époque Louis XIV est prêté par Michel Guillanton, 37Bis rue Montreuil, 75011 Paris.

Estimate : 120 000 - 150 000 €

Provenance :

Peut-être James Watson Gerard (1794-2874), comme Hyacinthe Rigaud ; son fils, James Watson Gerard Jr (1823-1900) comme Hyacinthe Rigaud ; son fils Summer K. Gerard (1874-1966) comme Hyacinthe Rigaud ; son fils Charles Henry Coster Gerard (1909-2012) comme Hyacinthe Rigaud ; son fils, comme Hyacinthe Rigaud ;

Vente Old masters, New York, Christie's, 23 mai 2024, n°35 (comme attribué à François de Troy). Un nettoyage récent a révélé la signature.


Ce portrait de sa famille, récemment découvert, est un ajout passionnant au corpus de François de Troy. On connaissait déjà une représentation en hauteur des même figures en pieds (130 x 95 cm, Musée du domaine départemental de Sceaux, inv. n° 2020.1.1), où le peintre travaille aussi à l'effigie de son épouse posée sur un chevalet, où ils sont entourés de leurs enfants. Il adopte ici un petit format en largeur, très original pour un portrait de groupe, dans une composition complétement différente et plus recentrée.

Au début du 18e siècle, François de Troy développe des formules plus intimistes et moins solennelles qu'auparavant pour ses portraits de groupes, comme en témoignent le Portrait présumé de la famille Franqueville (toile, 138 x 164 cm, musée des Beaux-Arts de Montréal, inv. n° 1982.21) ou dans le Jeu du pousse-épingle (toile, 52,6 x 64,8 cm, Sceaux, musée du Grand Siècle). Cette détente marque la fin du règne de Louis XIV et de la Régence.

Sur notre toile, de Troy cite plusieurs de ses propres peintures. Son autoportrait, au centre gauche tenant une palette, dérive d’un modèle qui existe en plusieurs versions, avec ou sans bonnet (musée de Châlons-en-Champagne, inv. n° 861.1. 155 ; Sarah Campbell Blaffer Foundation, Houston, inv. n° BF.1991.1), tandis que le portrait de Jeanne de Troy, née Cotelle, son épouse à droite, est tiré de sa peinture au musée de l’Ermitage à Saint-Pétersbourg (inv. n° ГЭ-1209, dessin préparatoire au musée Paul Dupuy à Toulouse).

Les autres personnages sont les enfants du couple. Le moine en arrière-plan, dom de Troy, est dans les bras de son frère, le célèbre peintre Jean-François de Troy ( 1679-1752), un geste affectueux qu'on retrouve dans le tableau conservé à Sceaux, où la place de chacun des deux protagonistes y est inversée. Les jeunes femmes sont cinq de ses six filles qu’il a peintes à de nombreuses reprises (voir Dominique Brême, François de Troy 1645-1730, Paris-Toulouse, 1997, pp. 24-25). Les religieuses visibles à droite de la composition sont ses deux filles, entrées au monastère féminin cistercien de Pont-aux-Dames dans la commune de Couilly-Pont-aux-Dames. Leurs deux visages sont un peu moins précis, probablement parce que leur père ne les a pas vues depuis qu'elles ont prononcé leurs voeux.

La haute qualité de la toile a été dévoilée par le nettoyage récent. François de Troy nous regarde. Il est en habits d'artiste avec un turban de velours (comme dans l'autoportrait de Rigaud) et une robe d'intérieur à brandebourgs ; il tient un appui-main, une palette et des pinceaux. Son épouse le regarde tendrement dans une veste aux reflets satinés. Cette partie s'inspire de la manière de Rembrandt telle que la concevaient un Santerre ou un Grimou à la même époque, autour de 1700 :  l'harmonie des tons entre le rouge vif du rideau sur le parapet, la chemise blanche, le liséré brodé or sur fond sombre évoque les portraits du maitre hollandais.  On admirera la finesse psychologique du dialogue créée par les regards entre les différents membres de la famille. 

Nous remercions Monsieur Dominique Brème d’avoir confirmé l’attribution à François de Troy par examen direct de l'oeuvre en février  2026.